Coffret en acier poli, bronze ciselé et doré, rehaussé de laiton et d’étain

9.000 

Russie, Manufacture de Toula, fin du XVIIIe-début du XIXe siècle
Acier, bronze ciselé et doré, rehaussé d’application de laiton et d’étain

Exemple comparable

  • Collection comte Charles-André Walewski
Catégorie :

Russie, Manufacture de Toula, fin du XVIIIe-début du XIXe siècle
Acier, bronze ciselé et doré, rehaussé d’application de laiton et d’étain

Exemple comparable

  • Collection comte Charles-André Walewski

 

Ce coffret rectangulaire en acier est pourvu d’un décor en bronze doré, laiton et étain, caractéristique de la manufacture de Toula.  Sur le couvercle, un panier fleuri orne la partie centrale en léger ressaut dans un encadrement octogonal. De part et d’autre de celui-ci, deux motifs de vases en bronzes dorés d’où jaillissent des bouquets de fleurs sont rejoints par des guirlandes et couronnes de roses. Chaque angle de ce couvercle est délimité par des liserés feuillagés en ressaut dont le motif se retrouve sur chaque face de ce coffret. Ils sont surmontés d’une alternance de guirlandes festonnées de fleurs maintenue par des patères.

La manufacture de Toula

Pouvant être comparée à un travail de bijoutier, ce coffret est un exemple raffiné des objets crées aux XVIIIe siècle par la manufacture de Toula. La ville de Toula, située au sud de Moscou, a su exploiter très tôt sa situation géologique. Le gisement de fer sur lequel la ville est installée lui permit d’exister économiquement et de dépasser rapidement son rôle de producteur d’armes de guerre, de chasse, de duel et d’apparat. Établie en 1712 sous l’impulsion de Pierre Ier le Grand (règne 1682-1725), la manufacture atteignit son apogée grâce au savoir-faire exceptionnel de ses artisans et étendit sa production aux meubles et aux objets d’art dès les années 1740 sous le règne d’Elizabeth Ière (règne 1741-1762) alors que le besoin en armes diminuait, conséquence de la fin de la guerre contre la Suède.
Sortirent ainsi des ateliers de la manufacture aux côtés d’objets – tels que des bougeoirs, des coffrets, des tirelires – des meubles reprenant les formes traditionnelles du mobilier.

La spécificité des œuvres de Toula réside dans l’utilisation de différents matériaux sur le même objet. Sur ces pièces, d’un acier poli et parfois bleui d’une grande qualité, sont incrustées une multitude de « diamants d’acier taillés en facette » auxquelles sont ajoutées des incrustations en reliefs, ciselées en surface. Sur une même pièce, étaient combinés jusqu’à six métaux différents : l’acier, le cuivre, le laiton, l’étain, le bronze et l’or. Les objets de Toula concentrent ainsi un haut degré de maitrise technique et raffinement artistique.

Le prix des objets sortis de la manufacture de Toula était proportionnel à la complexité du travail et la durée consacrée à leur création, ce qui les firent qualifier dès l’époque de « raretés et préciosité ». Ainsi, seuls les membres de la famille impériale et l’aristocratie étaient en mesure de les acquérir. L’impératrice Catherine II (règne 1762-1796), grande amatrice convaincue des arts décoratifs et fervente protectrice de la production nationale, compléta sa collection – déjà conséquente – avec ces trésors de modernité qu’elle présenta annuellement à Tsarkoïe Selo. L’engouement pour les pièces de Toula se poursuivit sous le règne d’Alexandre Ier (règne 1801-1825) et ces dernières, présentées aujourd’hui au musée de l’Ermitage, sont considérées comme des œuvres phares de l’ancienne Galerie des Trésors du Palais d’Hiver.

La manufacture de Toula incarne ainsi la perfection artisanale et l’audace d’une identité russe affirmant sa place dans l’Europe du XVIIIe siècle. Le savoir-faire et l’habileté d’exécution des maîtres armuriers serruriers participèrent au rayonnement de la nation des tsars à travers le vieux continent notamment par des cadeaux diplomatiques. L’aversion de Paul Ier pour sa mère lui faisant détester tout ce qu’elle appréciait la manufacture perdit progressivement son soutien dans les dernières années du XVIIIe siècle mais ce sont surtout les guerres napoléoniennes et le changement de goût qui eurent raison de cette production d’exception dans les premières années du XIXe siècle.

Bibliographie

Antoine Chenevière, Splendeur du mobilier russe, 1780-1840, Paris, Flammarion, 1988, p. 248.
Alexandra Chouvalov, Alexis Kugel, Antoine Nivière, Trésors des Tzars, la Russie et l’Europe de Pierre Le Grand à Nicolas Ier, Paris, Kugel, 1998.
Emmanuel Ducamp (dir.), Pavlovsk, The Palace and the Park, The Collections, Paris, Alain de Gourcuff, 1993, p. 92.
Alain Renner, Mobilier de métal : de l’Ancien Régime à la Restauration, Saint-Remy-en-l’Eau, Monelle Hayot, 2009.

Bon état général
Pieds et mécanisme de fermeture manquants

 

Informations complémentaires

Dimensions 9 × 6.7 × 4.7 cm